Etienne Mougeotte

Rédacteur en chef de Télé 7 Jours, il a organisé récemment un débat sur les rapports télévision-cinéma. Hier à la radio et à la télévision, Etienne Mougeotte ne jure plus, aujourd’hui, que par la presse écrite.MOUGEOTTE, RACHIDA DATI Ce professionnel de l’image suit de près l’actualité audiovisuelle, et il le prouve…

Quand Desgraupes évoque la « privatisation » d’Antenne 2, qu’elle est votre réaction ?

Positive. Même s’il apparaît aujourd’hui comme un peu utopique ou lointain de voir Antenne 2 devenir une chaîne privée, le fait que le président d’une chaîne publique envisage de manière positive l’arrivée de télévisions privées, me paraît être excellent. Cela veut dire que le monopole est mort et que dans l’esprit même des responsables des chaînes nationales, on est entré dans un nouvel âge de la télévision, celui de la concurrence.

Justement, il se prépare plus ou moins en cachette un certain nombre de télévisions privées, vous pensez qu’elles vont donc faire craquer d’ici peu le fameux monopole ?

Dire que le monopole en a encore pour un, deux ou quatre ans, je n’en sais rien. Mais l’arrivée des réseaux câblés et des satellites va faire disparaître l’espace télévisé national. Qu’il éclate par un système de type radios libres ou à cause de gens particulièrement audacieux qui vont créer des télévisions libres, ou encore d’une autre manière, c’est à voir. En tout cas, le monopole est mort à partir du moment où des règlements, des lois ou des décisions administratives ne peuvent empêcher la propagation des ondes.

Vous avez organisé récemment un débat sur les rapports télévision-cinéma, qu’en est-il ressorti et comment êtes-vous intervenu ?

La première conclusion est que, jusqu’à aujourd’hui, la France a trouvé un excellent système de relations entre le cinéma et la télévision qui a consisté à protéger le cinéma en imposant aux chaînes nationales un certain nombre de contraintes : interdiction de diffuser des films le mercredi soir, le vendredi soir, le samedi soir et le dimanche après-midi, obligation de programmer 50 % de films français et enfin interdiction de diffuser les films moins de deux ou trois ans après leur sortie en salle. Grâce à ces mesures, le cinéma français est le seul à subsister en Europe. La deuxième conclusion est que l’arrivée des nouveaux médias crée une situation nouvelle et il va falloir trouver des règles pour encore une fois préserver le cinéma. En ce qui concerne Canal Plus, le problème est réglé avec les mêmes mesures que pour les chaînes nationales, mais avec seulement onze mois d’attente après la sortie en salle pour la diffusion des films. Pour le câble et le satellite, Jack Lang, qui a clôturé les débats, a déclaré qu’il travaillait déjà sur les mesures à prendre. La dernière réflexion que me suggère ce débat, c’est que la télévision ne peut pas se passer du cinéma et inversement.

L’arrivée de Canal Plus bouleverse-t-elle les rapports cinéma-télévision nationale ?

Ça change complètement le paysage audiovisuel. La hiérarchie est bouleversée, les films sont exploités en salle, sur Canal Plus et, enfin, sur les chaînes nationales.

Où placez-vous la vidéo dans cette hiérarchie de la diffusion des films, alors ?

C’est un problème capital. Il est évident que le seul endroit où peut s’insérer la vidéo, c’est entre les salles et Canal Plus. Pour cela, il faut revoir le décret Lang. Ce que je redoute c’est que Canal Plus et la vidéo soient concurrents puisque le délai de diffusion est en gros, d’un an. Bien sûr, le combat est inégal parce que, aujourd’hui, la vidéo est proprement matraquée fiscalement.

Que pensez-vous du coup de force de René Château contre le décret Lang ?

—Je pense que Château est un aventurier, dans le meilleur sens du terme. C’est quelqu’un qui se bat, qui prend des risques et qui, de son point de vue, a raison. Malgré tout, il faut dire qu’il n’a pas toute la profession derrière lui.

Prévoyez-vous de publier les programmes de Canal Plus dans Télé 7 Jours ?

Si Canal Plus nous donne ses programmes, ce qui est pratiquement sûr, nous les publierons. Mais dans un premier temps, ils seront dans nos éditions régionales. Après, on verra, ça dépendra de son succès.

Que pensez-vous de la dichotomie du marché de la vidéo qui s’est traduite récemment par deux manifestations, le Festival du son, pour le matériel, et le Salon de la vidéo, pour les programmes ?

La vidéo est une jeune industrie et il y aura encore d’autres péripéties avant qu’un ou deux salons annuels s’imposent vraiment, qui réunissent toutes .les activités de la vidéo.

A l’initiative de Télé 7 Jours s’est créée une association européenne des magazines de télévision. Quels avantages tirez-vous de cette expérience ?

D’abord une politique rédactionnelle et publicitaire homogène dans la mesure où cette association regroupe une dizaine de membres, chacun étant le plus important de son pays, qui ont des problèmes assez semblables. Le deuxième élément positif est simple. Du fait qu’il y a de plus en plus de productions qui passent dans tous les pays européens, on procède à des échanges extrêmement intéressants d’informations. Cela permet enfin une réflexion en commun sur l’évolution de la télévision en Europe. Il faut souligner que les autres nous apportent plus que nous ne leur apportons car, en France, nous sommes plutôt en retard en matière de télévision.

A ce propos, regardez-vous les télévisions étrangères ? Et où situez vous la France par rapport aux autres pays ?

C’est très difficile d’établir un hit parade des télévisions. Il est en général de bon ton de dire que la télévision française est plutôt meilleure que les autres sur le plan qualitatif. En revanche, la France est en retard d’un point de vue quantitatif. On peut recevoir 15 chaînes en Belgique, 10 ou 15 en Allemagne, Hollande, etc., sans parler de l’Italie.

Il semble que les pouvoirs publics commencent à lutter avec force contre la piraterie vidéo. Utilisent-ils les bons moyens ?

Je ne connais pas bien le dossier. Mais ce qui est vrai, c’est que le fait d’imposer un délai d’un an encourage la piraterie. Et puis, comme je le disais tout à l’heure, le marché de la vidéo est encore jeune et il n’y a pas que des professionnels dans la vidéo.

Suivez-vous toujours le développement du groupe Hachette en matière d’audiovisuel ?

Oui, même si je n’en ai plus la responsabilité. L’accord avec la FOX donne d’excellents résultats pour le cinéma. La branche télévision, dirigée par Jean Louis Guillaud (ex. Pdg de TF 1), développe d’abord une activité internationale. Sur le plan national, Télé Hachette produit des émissions pour les trois chaînes et Hachette Média Câble, qui vient d’être créé, doit fournir les programmes pour les chaînes qui utiliseront les futurs réseaux câblés et étudier le moyen d’être lui même un diffuseur de programmes sur ces mêmes réseaux.

Les fabricants de matériel audiovisuel ont mis au point des téléviseurs et même des magnétoscopes capables de diffuser des émissions avec un son stéréophonique. N’est-ce pas, d’après-vous, une grande illusion ?

Je suis un peu comme saint Thomas. Je ne crois que ce que je vois ou, en l’occurrence, que ce que j’entends. On jugera sur pièce.

Votre itinéraire a fait de vous un professionnel de l’image et de la presse. Est-ce que vous pouvez nous rappeler rapidement les principales étapes de votre carrière ?

J’ai travaillé d’abord comme reporter, puis grand reporter à France Inter et à Europe 1. Ensuite, j’ai passé trois ans à la télévision dans la première équipe Desgraupes. J’ai, à 1-époque, présenté le journal télévisé sur la première chaîne et produit un certain nombre d’émissions d’informations. Dans un troisième temps, je suis revenu à Europe 1 comme directeur de l’information pendant sept ans. Enfin, à partir de 81, j’ai plongé dans la presse écrite avec le Journal du Dimanche et, aujourd’hui, avec Télé 7 Jours. J’ai le sentiment d’avoir un peu bouclé la boucle et d’avoir une petite expérience dans tous les domaines. Je dois dire que quel que soit le développement de l’audiovisuel en France, je suis certain que la presse écrite n’est pas morte et qu’elle a de beaux jours devant elle, en particulier la presse magazine.

Chez vous, avez-vous un magnétoscope ?

Oui. J’enregistre beaucoup, mais je ne loue pas de films. J’en fait une utilisation surtout professionnelle.

Et au cinéma, qu’allez-vous voir ?

Je vois pas mal de films en projection, mais je prends aussi un certain plaisir à aller en salle sur les Champs-Élysées ou au Quartier latin. J’aime tous les styles de cinéma.

Dites-moi franchement, Télé 7 Jours qui passe du noir et blanc à la couleur, ça fait vraiment grimper les ventes ?

Télé 7 JoursIl n’y a pas besoin de dire franchement (rires). Ça a fait prendre 3,5 °A. Faites les comptes, 2 800 000 exemplaires vendus par semaine, on en a gagné 98 000. Intéressant, non ?

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