Attention un photographe peut en cacher un autre

Directeur du Festival l’Œil en Seyne, longtemps rédacteur en chef de l’agence Gamma, Alain Mingam revient de « Visa pour l’Image » et il a des choses à dire!

Le Festival « Visa pour l’image », grand-messe du photojournalisme, vient de fermer ses portes. Comme chaque année l’hymne annuel de toutes les cantates à la gloire des photoreporters vient de retentir, alors que l’état précaire de la profession vit à l’heure des violons du Titanic.

le festival

Les raisons sont multiples et constituent en elles-mêmes les éléments d’un seul et même puzzle. Le premier se manifeste depuis peu et on pourrait le qualifier de « snobisme de la cimaise » tant certains patrons de rédactions s’avèrent fort capables de se pâmer en privé devant leur dernier tirage acquis en galerie très… tendance, et pratiquer à l’opposé un mépris inversement proportionnel pour les reportages des photographes besogneux de la photographie « d’en-bas » qui alimente vaille que vaille leur périodique. Il est de plus en plus difficile pour des photographes, jeunes et moins jeunes, de survivre dans un état de crise permanent. Car, à de rares exceptions près, il faut attendre la fin d’année pour revoir quelques rédacteurs en chef se refaire une crédibilité visuelle à moindre frais et à coup de portfolios d’images quasi-identiques, best-of des douze mois écoulés. C’est la seule occasion que saisissent enfin certains magazines pour ne plus être une fois par an une télévision couchée sur papier ou une radio illustrée. Deuxième facteur aggravant, la pudeur et le silence des photographes qui n’avouent qu’en privé l’état déplorable de leurs revenus en baisse régulière, ainsi que le traitement réservé à leurs images, malaxées, recadrées sous l’effet d’une « illustrationite » aiguë. Celle-ci participe souvent d’un manque de respect de plus en plus insolent pour toute dignité de la personne. Voilà ce qu’on répond aux photographes:  » laissez votre proposition sur notre e-mail …, « rappelez-moi »… Peut-être qu’au septième message vous aurez une chance… Sans parler de la récupération sans scrupule d’une idée jugée excellente et comme par hasard énoncée par quelqu’un du journal… La litanie de ces aveux serait longue pour dénoncer aussi l’attente insupportable du règlement des piges, la peur de crier quelques vérités à quelques responsables de services photo de crainte d’être à jamais « mort et interdit de commande ou de sujet ». Le photographe tend alors à se retourner vers les festivals, les fondations ou ventes aux enchères, les galeries, les musées, devenus les refuges nobles ou « Samu obligés » d’une photographie de presse malade car trop mal exploitée dans ses supports d’origine. Pour quelques rares conversions réussies, il y a beaucoup de volontaires mais peu d’élus au panthéon de la photo plasticienne en vogue.

La concurrence du net qui accélère la prise en compte de la photographie numérique de Bali à Istanbul, crédibilise plus souvent les amateurs que les professionnels.

Un facteur nouveau, comme le recours au droit à l’image qui menace autant le photographe que la conscience de tout citoyen devant les tortures de la prison d’Abou Ghraïb. Comme l’avouent certains noms reconnus de la profession, l’effet pervers de la mondialisation fait qu’il faudra bientôt avoir: « moins de vingt-cinq ans, être black ou Chinois de la province la plus reculée de Chine, pour avoir droit aux miettes du festin des années 80 ». Le propos est excessif mais contient une part de vérité.

Le quotidien du reporter d’images ressemble de plus en plus au parcours de la dernière chance entre les mines d’un terrain de plus en plus piégé. A Perpignan, l’heure n’est pas encore au Requiem, car d’autres solutions subsistent par l’audace de certains photographes ou de rédacteurs en chef qui partagent passion et respect encore intacts pour la photo d’auteur comme le prouvent avec alternance, Paris Match, Géo, Le Monde 2, VSD, Elle, Libération… Liste non exhaustive, mais attention, il y a péril en la demeure l Et cela vaut bien un « coup de gueule » ou un coup de cœur pour tous ceux qui n’en pensent pas moins mais ne peuvent le dire.

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